Est-ce que le Père est plus grand que le Fils?

Jésus dit, « le Père est plus grand que moi » (Jean 14.28). Le Seigneur admet aussi qu’il ne sait pas le temps ni l’heure, seulement le Père le sait (Mt 24.36). Ailleurs, le Christ dit qu’il est venu « pour faire, non ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé » (Jean 6.38). Dans le Jardin, Jésus prie « que ma volonté ne se fasse pas, mais la tienne » (Luc 22.42). 

Ces versets – et d’autres semblables – pourraient nous secouer. Après tout, nous croyons dans la divinité de Christ. Mais Jésus lui-même dit qu’il est moins que le Père. Comment devrions-nous comprendre ses paroles?  

Dans l’histoire de l’Église, quelques-uns ont compris ces versets pour vouloir dire que le Père est naturellement plus grand que le Fils de Dieu. En 357, un Concile de pasteurs à Sirmium a même conclu, « le Père est plus grand, et le Fils est subordonné au Père ensemble avec toutes choses que le Père lui a subordonnées. »

Mais il y a quelque chose qui semble de travers ici. Jésus dit que le Père est plus grand que lui, c’est vrai. Pourtant nous adorons le Christ comme Dieu, et Dieu ne peut pas être ni plus grand ni moins grand que Dieu. Qu’est-ce qui se passe, ici?

La solution du problème se trouve dans la Bible même. Ce que les chrétiens ont appris et ce que la Bible enseigne, c’est que le Christ est moins que le Père dans son humanité, mais égal au Père dans sa divinité. Puisque le Christ est divin et humain, certains versets de la Bible soulignent sa divinité, tandis que d’autres soulignent son humanité.

Les versets sur l’égalité

Si la Bible n’avait que des versets qui disaient que le Père est plus grand que Jésus, alors nous devrions peut-être conclure que la relation du Fils au Père est comme un inférieur, un serviteur, ou un subordonné. Mais les Écritures ont aussi des versets tels que: « existant en forme de Dieu » et « n’a point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu » (Phil 2:6)1.

Jean nous dit que « la Parole était Dieu » (Jean 1.1). Toutes choses ont été créées par la Parole. Il est le Créateur. Il est Dieu. « Moi et le Père nous sommes un, » dit Jésus (Jean 10.30). Toutefois Jean nous dit que cette même Parole « a été faite chair » (Jean 1.14).

Dans des passages comme ceux-ci, nous apprenons que le Fils de Dieu et le Père sont égaux parce que les deux sont Dieu. Si c’est le cas, alors de quelle façon est-ce que le Fils est inférieur au Père? 

Les versets sur l’infériorité

La Bible répond à cette question. Christ devient inférieur au Père quand il devient humain, et c’est seulement dans son humanité qu’il est inférieur. Paul nous dit que quoique Christ était dans la forme de Dieu, il s’est vidé « en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes » (Philippiens 2.7).

Parce que Christ a pris « la forme de serviteur », il devient obéissant jusqu’à la mort. Paul explique, « il a paru comme un vrai homme, il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix » (Philippiens 2.7, 8).

Dans la forme de Dieu, Christ est égal à Dieu. Dans la forme de serviteur, Christ est inférieur à Dieu. Christ a pris sur lui-même l’humanité, une forme créée. Le Dieu non créé a pris sur lui une nature humaine créée. Il est évident que Dieu est plus grand que n’importe quelle nature créée. Quel mystère! Mais c’est ce que la Bible dit.

Christ est Dieu et homme à la fois. En tant que Parole, il est égal au Père; en tant qu’homme, il est moins que le Père. 

Une norme théologique

De bons lecteurs de la Bible ont donc observé une norme biblique : le Fils est égal au Père selon sa divinité, et moins que le Père selon son humanité.

Augustin d’Hippo (354-430 après Jésus-Christ), par exemple, dit dans son livre sur la Trinité : « Dans la forme de serviteur qu’il a pris, il est inférieur au Père; dans la forme de Dieu, dans lequel il a existé même avant qu’il ait pris l’autre (forme) il est égal au Père. » Ailleurs, il dit « le Père est plus grand que la forme d’un serviteur, tandis que le Fils est son égal dans la forme de Dieu2. »

Le Symbole d’Athanase (c. les 400 ans après Jésus-Christ), une ancienne confession du Dieu trinitaire, affirme que Christ est « égal au Père selon la divinité; inférieur au Père selon l’humanité. » Ceci est vrai parce que « notre Seigneur Jésus-Christ, le Fils de Dieu, est Dieu et humain. »

Grégoire de Nazianze (329-390), un théologien qui a été instrumental dans l’expression de l’orthodoxie de Nicée, parle aussi de « allouer le plus élevé, les expressions plus distinctement divines des Écritures, à la divinité, et les expressions les plus humbles et plus humaines, au Nouvel Adam » (Or. 30.1). 

Ailleurs, il dit, « Vous devez affirmer les expressions plus sublimes de la Divinité » et « les plus basses de la composition, de lui qui, à cause de vous, a été vidé, est devenu incarné, et (pour utiliser un langage aussi valable) a été ‘fait homme’ » (Or. 29.18). 

Exprimé dans un langage plus pointu, « En tant que Parole il n’était ni obéissant ni désobéissant – les expressions s’appliquent seulement à des subordonnés accommodants ou à des inférieurs qui méritent la punition » (Or. 30.6). 

La Parole divine ne peut pas obéir puisque Dieu est un : une volonté, une puissance, une nature. Le Dieu unique n’obéit pas au Dieu unique. C’est une contradiction. Comme le dit William Perkins, le père du Puritanisme, « puisqu’ils sont tous un dans leur nature, ainsi ils sont tous un dans leur volonté. » Par conséquent, « Le décret du Père est le décret du Fils et du Saint-Esprit. » Mais en tant qu’homme, le Christ obéit au Père en toute chose à cause de nous.

Conclusion

Ces chrétiens orthodoxes savaient que nous ne pouvons pas affirmer le langage que les pasteurs à Sirmium ont utilisé en 357, à savoir « Le Père est plus grand, et le Fils est subordonné au Père ensemble avec toute chose que le Père lui a subordonnée. » Cette manière d’exprimer les choses contredit la Bible même puisqu’elle ne fournit que la moitié de l’image.

La confession de Sirmium pourrait être vraie si aucun autre verset de la Bible ne montrait l’égalité du Fils avec le Père. Mais il y en a beaucoup. 

Éventuellement, le concile a été appelé « Le Blasphème de Sirmium » parce qu’il impliquait que la subordination humaine du Fils représente comment la Parole divine a toujours été. Il impliquait que la Parole, en tant que Dieu, était subordonnée au Père. Mais ça ne peut pas être vrai. La soumission ou subordination de Christ au Père a lieu dans son rôle de Médiateur, non pas en Dieu lui-même!

« Il savait qu’il était égal au Père, » explique Ambrosiaster (366-384 après Jésus-Christ), « mais plutôt que de réclamer cette égalité, il s’est soumis. »  La soumission a lieu dans le plan de salut qui est centré sur le fait que Christ est devenu humain à cause de nous. L’égalité est éternellement vraie parce que la Parole divine du Père est le Dieu unique d’Israël.

Dans le langage de Grégoire de Nazianze, nous faisons la distinction entre « ce qui appartient à sa nature et ce qui appartient au plan de salut de Dieu » (Or. 29.18). Si nous ne faisons pas cette distinction, nous allons mal comprendre ce que la Bible dit. Nous serions en danger de transposer l’expérience humaine de Christ dans la vie intérieure de Dieu, rendant la forme de serviteur en la forme de Dieu.


Cet article a été initialement publié sur The Gospel Coalition Canada. La traduction est publiée ici avec permission.


  1. Un point que Grégoire de Nazianze fait dans une de ses Orations sur le Fils. 
  2. Voir The Trinity, trans. Edmund Hill, ed. John E. Rotelle, 2e ed. (New York: New City Press, 1991), 77, 78.