Heureux ceux qui procurent la paix

R. C. Sproul, Comment puis-je être béni ?, trad. Myriam Graffe, Éditions La Rochelle, 2021, p. 47-51.

L’établissement de la paix est l’un des thèmes les plus importants des Écritures. En réalité, le drame entier de la rédemption implique la recherche de la paix au cœur d’une guerre qui s’étend au monde entier et sur presque toute l’histoire depuis la création. Dans Genèse 3, nous lisons sur la chute de la race humaine ; il ne s’agit pas seulement d’un événement historique isolé, mais bien du début d’une situation mondiale d’hostilité et d’éloignement de Dieu. Dans le Nouveau Testament, l’Évangile est formulé en termes de réconciliation : Dieu en Christ réconcilie le monde avec lui-même, et nous, qui croyons en lui, avons reçu un ministère de réconciliation (voir 2 Co 5.18-20).

Dans tout conflit, certaines conditions sont nécessaires pour qu’une réconciliation puisse avoir lieu. La première est l’éloignement, car sans éloignement, il n’y a pas besoin de réconciliation. La réconciliation évangélique est la guérison d’une relation brisée.

J’ai donné un jour une conférence dans une université à un groupe appelé le Club athée. Ils m’avaient invité pour que je présente les arguments en faveur de l’existence de Dieu. J’avais étudié un sermon de Jonathan Edwards intitulé « Les hommes, naturellement ennemis de Dieu », où il parle de l’hostilité envers Dieu que l’on trouve dans le cœur humain depuis la chute. La Bible dit que la chair est en inimitié avec Dieu, que nous sommes par nature ennemis de Dieu (Ro 8.7). L’idée directrice de ma conférence pour ces étudiants était que la disposition de leur cœur était hostile à Dieu. Le problème ne se trouvait pas dans le fait qu’ils ne connaissaient pas Dieu ou qu’ils étaient indifférents à son égard ; le problème était qu’ils détestaient Dieu. Je leur ai dit que j’étais prêt à discuter des preuves de l’existence de Dieu, de sa résurrection, et ainsi de suite, mais qu’en fin de compte, il ne s’agissait pas d’un problème intellectuel, mais plutôt moral. Ce n’était pas par manque de preuves qu’ils ne croyaient pas en Dieu ; c’était parce qu’ils ne voulaient pas de lui. Cette réalité est au cœur de la rupture entre Dieu et l’homme.

Des disputes et des hostilités éclatent régulièrement dans toutes sortes de relations humaines. Des maris et femmes qui étaient auparavant unis par les liens sacrés du mariage se séparent parfois. Dans le milieu de travail, des conflits violents peuvent survenir entre les employés et la direction, entraînant des grèves, de l’acrimonie et des dissensions. L’un des besoins les plus fortement ressentis dans notre culture est celui de relations saines. L’éloignement ne nous est pas étranger. Souvent, ces conflits nous amènent à voir la nécessité d’une médiation.

Lorsque des négociations dans le cadre du travail échouent, un médiateur est souvent mandaté pour tenter d’amener les partis en désaccord à trouver un accord. Les conseillers conjugaux et les pasteurs font souvent office de médiateurs entre les maris et femmes. Le médiateur est un intermédiaire ; il essaie de parler aux deux parties afin de les amener à s’unir pour que les hostilités cessent, que la brèche soit réparée et qu’une réconciliation puisse avoir lieu.

C’est pour cela que le cœur du message du christianisme est un message de paix. L’artisan de paix suprême est Christ, car le rôle suprême occupé par Jésus dans le Nouveau Testament est celui de notre médiateur. Il est le médiateur entre nous et Dieu. Ce n’est pas parce que Dieu a tourné le dos à l’humanité que nous sommes éloignés de lui, mais bien parce que l’humanité s’est détournée de lui. Cependant, Dieu le Père ne nous a pas oubliés ; il a envoyé Christ pour accomplir l’œuvre de médiation et être notre pacificateur.

Le langage de paix est utilisé dans tout le Nouveau Testament pour décrire cet événement de réconciliation. Quand Paul a écrit aux Romains au sujet de la miséricorde, la grâce et le pardon de Dieu qui justifient les personnes injustes par le biais de l’œuvre du Christ, il a écrit : « Étant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ » (Ro 5.1a). Notre paix ultime nous a été assurée par le médiateur suprême qui est lui-même le Fils de Dieu. Grâce à sa médiation, nous pouvons être adoptés dans la famille de Dieu. C’est pour cela que Jésus a pu dire : « Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu. » Comme il est le Fils de Dieu et l’artisan de paix, ceux qui sont à lui et qui imitent sa fonction de pacificateur au niveau terrestre seront appelés fils de Dieu.

Nous pouvons trouver plusieurs exemples de rétablissement de la paix dans la Bible. Joseph a fait la paix avec ses frères (voir Ge 45), Jonathan a intercédé pour David (voir 1 S 20), David a cherché à se réconcilier avec Saül (voir 1 S 24.8-15) et Paul a confronté Pierre par rapport à son hypocrisie afin de le rappeler à l’Évangile (Ga 2.11-14).

Pourquoi ne sommes-nous pas plus impliqués dans l’établissement de la paix ? L’une des principales raisons pour lesquelles nous fuyons la tâche d’être des artisans de paix s’explique par le fait que c’est une mission dangereuse. Si vous vous interposez entre deux hommes qui se battent, vous risquez d’être celui qui recevra le prochain coup de poing. De plus, un pacificateur est un paratonnerre ; il a tendance à devenir la cible d’hostilités des deux côtés. S’il existe sur terre un travail ingrat confié à un être humain, c’est bien le rôle d’artisan de paix.

Quand Jésus a prononcé sa bénédiction sur ceux qui procurent la paix, il prononçait une bénédiction sur des personnes qui œuvrent pour une paix authentique, véritable et pieuse – et non pour ce que Martin Luther appelait une paix charnelle, c’est-à-dire une fausse paix. Les faux prophètes d’Israël se vantaient de leurs talents de pacificateurs ; leur message préféré en était un de paix. Le prophète Jérémie, porte-parole de Dieu pour la réconciliation, a transmis la parole de Dieu à une nation égarée et a appelé le peuple à revenir à lui. Israël n’a pas voulu écouter parce qu’il n’aimait pas son ordonnance de paix avec Dieu. Les faux prophètes disaient : « Dieu n’est pas en colère, tout va bien. Dieu vous aime tel que vous êtes. » Cependant, Jérémie est allé vers le peuple pour lui dire en parlant de prophètes : « Paix ! paix ! disent-ils ; et il n’y a point de paix » (Jé 6.14b).

Une paix authentique est difficile à réaliser, car elle peut nécessiter un appel à la repentance. Ce type d’action pour la paix est très impopulaire et se heurte donc souvent à une forte résistance. Jésus doit nous encourager à être des artisans de paix, car cela peut vouloir dire de se mettre en danger – mais pas autant que Jésus. Il a pris sur lui toute la colère que Dieu avait contre l’homme, ainsi que toute la colère de l’homme envers Dieu. Aucun être humain n’a reçu une plus grande hostilité de la part de la race humaine que Jésus au Calvaire. En même temps, il a reçu la pleine mesure de la colère de son Père contre le péché. Il a pris la colère des deux côtés. Il l’a fait pour établir la paix.


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Comment puis-je être béni ?

R. C. Sproul

R. C. Sproul (1939-2017) était un ancien enseignant ordonné dans la Presbyterian Church in America et a eu une brillante carrière d'enseignant universitaire dans divers collèges et séminaires, y compris le Reformed Theological Seminary à Orlando et Jackson, Mississippi. Il était également le fondateur de Ligonier Ministries, un ministère international d'éducation chrétienne situé près d'Orlando, en Floride.

Published By: R. C. Sproul

R. C. Sproul (1939-2017) était un ancien enseignant ordonné dans la Presbyterian Church in America et a eu une brillante carrière d'enseignant universitaire dans divers collèges et séminaires, y compris le Reformed Theological Seminary à Orlando et Jackson, Mississippi. Il était également le fondateur de Ligonier Ministries, un ministère international d'éducation chrétienne situé près d'Orlando, en Floride.