Revue du livre « Le Christ et ses bienfaits »

L’introduction

La première fois que j’ai lu Le Christ et ses bienfaits, je ne l’ai pas vraiment lu. Je l’ai plutôt écouté sur livre audio (en anglais) lorsque j’étais au séminaire et lorsque je prêchais dans de petites églises sans pasteur dans tout le Mississippi. Le trajet durait normalement une à deux heures. J’ai été tellement impressionné par le livre que j’ai décidé de le lire (encore une fois en anglais), afin de pouvoir réfléchir plus profondément à ce que Ferguson avait à dire. Maintenant, j’ai eu la joie de lire le livre en français. Le Christ et ses bienfaits aborde tellement d’aspects de la vie chrétienne que le lecteur y gagnera sûrement quelque chose de nouveau à chaque lecture. Pour moi, Le Christ et ses bienfaits m’a aidé à penser plus clairement à propos de l’Évangile. Je comprends le légalisme et l’antinomianisme comme je ne l’avais jamais fait auparavant. De plus, j’ai appris à apprécier l’histoire. Tant de questions que nous posons aujourd’hui ont été posées tout au long de l’histoire de l’Église. Si nous négligeons l’histoire, nous négligeons une grande ressource pour répondre à certaines de nos questions les plus difficiles. Plus important encore, Ferguson m’a appris que l’Évangile n’est pas tant un message qu’une personne. Jésus est le contenu de notre prédication et de notre enseignement. Il est le centre de notre foi. Comme le dit l’apôtre Paul, « Or nous, nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les non-Juifs » (1 Cor 1.23 SG21).

Dans une de ces petites églises du Mississippi, il est écrit sur la chaire de l’église Jean 12.13 : « Seigneur, nous voudrions voir Jésus ». Ce verset est un excellent rappel de l’objectif de la prédication et du livre de Ferguson. Au chapitre 5, Ferguson explique l’ordo salutis. L’ordo salutis est le processus par lequel une personne est sauvée, sanctifiée et finalement rendue parfaite au ciel. C’est « l’ordre des différents aspects de l’application de la rédemption » (111). Cependant, il ne s’agit pas d’un processus temporel ou causal. Cela signifie que l’étape une de l’ordre n’entraîne pas l’étape deux. Il s’agit plutôt d’un ordre logique. La cause de chaque étape est Jésus lui-même. Ce n’est pas votre repentance qui vous sauve, c’est Jésus qui vous sauve. Ferguson dit : « et c’est précisément la raison pour laquelle nous avons besoin de redécouvrir cette vérité, que tout ce dont nous avons besoin pour le salut réside en lui et non pas en nous » (56). Cette vérité change le caractère de notre vie chrétienne. Lorsque nous croyons que nos actions contribuent à notre salut, nous avons tendance à poser des questions telles que :

  1. Pour le prédicateur : « Comment puis-je offrir ces bénéfices? »
  2. Pour l’auditeur : « Comment puis-je profiter de ces bénéfices pour ma vie ? » (56)

Mais lorsque nous reconnaissons que chaque aspect de notre salut (foi, repentance, justification, sanctification…) est en Christ. Nos questions se transforment en :

  1. Pour le prédicateur : « Comment est-ce que je prêche le Christ lui-même ? »
  2. Pour l’auditeur : « Comment puis-je être uni à Christ ? » (57).

En bref, lorsque nous reconnaissons le Christ comme la source et la puissance de notre salut, nous cessons de chercher les choses et nous commençons à chercher le Christ. Ainsi, le but que Ferguson vous propose en lisant ce livre est le même que celui des Grecs à Jérusalem « Seigneur, nous voudrions voir Jésus » (Jean 12.21).

Le légalisme

Les erreurs qui découlent de la séparation du Christ de ses bienfaits sont le légalisme ou l’antinomianisme.  Nous parlons beaucoup de légalisme dans nos églises. C’est l’erreur des chrétiens qui ont vécu avant nous. Nous pensons que c’est l’erreur de l’Église catholique. Mais souvent, nous ne pensons pas que c’est notre erreur. Cependant, la réalité est que les deux erreurs proviennent du fait de croire au même mensonge. Tim Keller explique bien la source de ce mensonge :

Le légalisme et l’antinomisme ont les mêmes racines … Tous deux trouvent leur origine dans le mensonge de Satan dans le jardin d’Éden, qui consiste à nous faire douter de la bonté de Dieu et de son engagement complet pour notre bonheur et notre bien-être, au point de croire que si nous lui obéissons, nous allons passer à côté de la vie et finir malheureux (14).

Comment le mensonge de Satan mène-t-il au légalisme ? Ferguson dit « Ce mensonge était ainsi une atteinte à la générosité et à l’intégrité de Dieu » (80). Le mensonge que Ève a cru était : Dieu n’est pas bon; « ce Père était restrictif, égocentrique et égoïste » (80). Le légaliste croit au mensonge de Satan et se sent donc obligé de gagner l’amour de Dieu. Si Dieu n’est pas parfaitement aimant, alors je dois d’une manière ou d’une autre le convaincre de m’aimer. C’est moi qui le convaincs de plus de me donner les bienfaits du Christ. Le légalisme nous rend aveugles à l’amour de Dieu ; « Ce qui constitue les racines et le moteur du légalisme, c’est l’échec à voir la générosité de Dieu et la sagesse de ses plans d’amour pour nos vies » (95).

La bonne nouvelle, c’est que la grâce de Dieu détruit le légalisme à sa source. Ferguson dit : « La grâce exclut, donc étouffe tout sentiment d’orgueil ; elle réduit au silence toute négociation sur une quelconque contribution avant même qu’elle ait commencé » (110). La grâce ne signifie pas seulement que nous sommes incapables de gagner l’amour de Dieu. Elle signifie également que nous n’avons pas besoin de gagner l’amour de Dieu. La grâce n’amène pas Dieu à nous aimer, mais Dieu nous donne la grâce parce qu’il nous aime.

Je me souviens qu’il y a quelques années, je dînais avec mon pasteur. Pendant le repas, il m’a demandé : « Luke, comment est ta relation avec Dieu ? » Je lui ai dit combien de fois je priais, ce que je lisais dans la Bible, les péchés contre lesquels je luttais et combien de fois je me suis repenti. Mais il m’a répondu : « Luke, je ne t’ai pas demandé ce que tu faisais, je t’ai demandé quelle était ta relation avec ton père. L’aimes-tu et sais-tu qu’il t’aime ? » J’avais évalué ma relation avec Dieu en me basant sur mon légalisme. J’avais cru au mensonge de Satan, selon lequel je dois gagner l’amour de Dieu. Ma logique était essentiellement la suivante : Si je fais ces choses, alors Dieu doit m’aimer pour que ma relation avec Dieu soit bonne. Mais si je ne fais pas ces choses, alors peut-être que Dieu ne m’aimera pas. La grâce démolit cette ligne de pensée : « La grâce met en lumière la faillite du légalisme et montre qu’il est non seulement inutile, mais vain : la grâce lui retire toute vie en l’étouffant » (125). Dieu est un bon père, et il vous aime, peu importe ce qu’il arrive.

L’antinomianisme

L’antinomianisme se présente sous de nombreuses formes différentes, mais il dit essentiellement que puisque je suis sauvé par la grâce, la loi de Dieu n’a aucune valeur pour ma vie. C’est le contraire de l’opinion des réformateurs tels que Jean Calvin et Martin Luther, qui soutenaient que si la loi ne vous condamne ni ne vous sauve, elle reste un guide pour la vie (159). Ferguson identifie trois dérives d’antinomianisme. La dérive dogmatique dit que « la loi de Dieu est tout entièrement abrogée pour le croyant » (161). La dérive exégétique est étroitement liée à la dérive dogmatique. La dérive exégétique s’oppose à la division tripartite de la loi. La division tripartite dit qu’il y a trois sortes de lois dans l’Ancien Testament : civile, cérémonielle et morale. Les lois civiles régissaient la nation d’Israël et ne sont donc pas applicables aux chrétiens. Les lois cérémonielles régissaient les sacrifices dans le temple qui sont achevés en Christ et ne s’appliquent donc pas aux chrétiens. Les lois morales (principalement les dix commandements) servent toujours de guide pour la vie. Enfin, il y a la dérive expérimentale. Dans ce fil, il y a des chrétiens qui disent que la loi ne s’applique pas à eux, donc qu’ils peuvent pécher sans conséquence. Selon Ferguson, le problème de l’antinomie est qu’il ne comprend pas la loi : 

Vous méprisez l’Évangile et vous vous méprenez complètement sur la manière dont la grâce de Dieu opère dans l’Évangile !… Votre véritable problème n’est pas que vous ne comprenez pas la loi. C’est que vous ne comprenez pas l’Évangile. Car Paul dit que nous vivons « selon la loi de Christ ». Notre relation avec la loi n’est pas légale, froide et impersonnelle.  Non, notre conformité à la loi est le fruit de notre mariage à notre époux Jésus-Christ (176-77).

Les chrétiens peuvent avoir plus en commun avec les pharisiens qu’avec le collecteur d’impôts (144). Notre cœur tend vers le légalisme. Mais l’antinomianisme n’est pas le remède au légalisme, car l’antinomianisme, comme le légalisme, comprend mal la loi. Selon Paul, la loi est juste (Rom 7.7,14). Le remède à l’antinomianisme est le même que le remède au légalisme, nous devons nous tourner vers notre Dieu aimant et gracieux. La loi est notre réponse à la grâce de Dieu et ce n’est qu’en fixant nos yeux sur le Christ que nous pouvons dire : « La grâce qui nous a été donnée n’est-elle pas merveilleuse ? Vivons dès maintenant dans l’obéissance pour répondre aux voeux de notre père plein de grâce » (201) !

Avez-vous cru ?

Les derniers chapitres du livre traitent des questions d’assurance. Un chrétien peut-il savoir qu’il est sauvé. Le manque d’assurance n’est pas une simple question de doute. Les chrétiens qui croient fermement en Dieu et sont certains que le Christ est mort pour sauver son peuple de ses péchés peuvent encore se débattre avec le manque d’assurance. Dans ma citation préférée de « The Marow of Modern Divinity », le pasteur dit à un chrétien qui se débat avec un manque d’assurance : « Il semble que vous cherchez non pas une base pour croire, mais une base pour croire que vous avez cru » (224). Alors que faire lorsque vous luttez pour croire non pas que Dieu existe, non pas que Dieu est amour, mais que Dieu vous aime !

Cette question est essentielle au Québec en raison de notre histoire avec l’Église catholique. Selon l’Église catholique, l’assurance de la foi est la principale hérésie de la Réforme: « L’hérésie principale des protestants consiste à dire que les saints peuvent obtenir une assurance certaine de leur état de pardon et de grâce devant Dieu » (208). Alors, comment obtenir cette assurance et comment l’utiliser comme un moyen de partager l’Évangile avec les catholiques du Québec ? La première réponse de Ferguson à cette question est le Christ : « Répétons-le : l’assurance du salut est le fruit de la foi en Christ. En effet, le Christ peut sauver et sauve réellement tous ceux qui viennent à lui par la foi » (225). Lorsque l’assurance est fondée sur la fidélité du Christ à ses promesses et non sur nos œuvres, le péché est impuissant à ébranler notre assurance. C’est une bonne nouvelle pour nos frères et sœurs catholiques qui sont toujours enchaînés aux sacrements de l’Église catholique. 

Si vous croyez, comme le fait l’Église catholique, que les choses que vous faites à l’église contribuent à votre salut, alors vos échecs ébranleront toujours votre assurance. Mais lorsque vous comprenez que votre salut est basé sur le Christ qui sauve, vous avez un fondement qui ne bougera pas. Même si nous, protestants, ne croyons pas que les sacrements sauvent, nous nous évaluons toujours en fonction de ce que nous faisons. La véritable assurance du salut vient lorsque nous jetons le bâton de mesure de notre propre action et que nous avons confiance en Christ qui a promis d’achever l’œuvre qu’il a commencée en nous (Phil 1.6).

L’évaluation du livre

Le Christ et ses bienfaits est un excellent livre qui répond aux questions que se posent tous les chrétiens du Québec. Le livre aidera les pasteurs à prêcher l’Évangile plus clairement. Il changera notre façon de comprendre le légalisme, l’antinomianisme et l’assurance du salut. Ferguson met le Christ au centre de l’attention. Et c’est du Christ que nous avons besoin ici au Québec. J’encourage tous les chrétiens du Québec à lire ce livre, à le partager avec un ami, puis à le relire. Comme je l’ai dit dans mon introduction, je l’ai maintenant lu trois fois en deux langues et il m’aide encore à poser mon regard sur le Christ non seulement dans ma propre vie, mais aussi dans ma prédication et mon enseignement.

Cependant, Le Christ et ses bienfaits n’est pas un livre facile. Ce n’est pas un livre qu’il faut lire rapidement. Il est préférable de lire un chapitre ou même quelques pages à la fois et de réfléchir ensuite à ce qu’il dit. Le plus grand défi de ce livre est peut-être de comprendre le contexte historique et le langage du credo d’Auchterarder et tous les débats qui ont eu lieu autour de la moelle de la divinité moderne. Mon meilleur conseil pour ceux qui lisent ce livre pour la première fois est le suivant : ne cherchez pas les « bad guys ». Ce que le Credo Auchterarder révèle, c’est que nous luttons tous contre le légalisme et l’antinomianisme. En bref, le credo soulève la question suivante : la repentance est-elle nécessaire au salut, et si oui, de combien faut-il se repentir pour être sauvé ? Si vous êtes confronté à cette question, ce livre est définitivement pour vous. 

Plus de publications

Luke Bert (M.div., PhD 2022) est professeur d’Ancien testament et langues bibliques à SEMBEQ. Il a été ordonné par la Presbyterian Church in America. Luke fait son doctorat en linguistiques Hébraïque à University of the Free State, en Afrique de sud. Son expertise est en poésie hébraïque. Sa passion dans le ministère consiste à enseigner la théologie biblique, les langues bibliques et l’Ancien testament, ainsi qu’à partager l’évangile de Jésus-Christ à travers toute la Bible.

Published By: Luke Bert

Luke Bert (M.div., PhD 2022) est professeur d’Ancien testament et langues bibliques à SEMBEQ. Il a été ordonné par la Presbyterian Church in America. Luke fait son doctorat en linguistiques Hébraïque à University of the Free State, en Afrique de sud. Son expertise est en poésie hébraïque. Sa passion dans le ministère consiste à enseigner la théologie biblique, les langues bibliques et l’Ancien testament, ainsi qu’à partager l’évangile de Jésus-Christ à travers toute la Bible.